Quand une grande organisation est mise en cause publiquement, on cherche un coupable. On le trouve, on le sanctionne et l'affaire se referme. Quelques années passent. Parfois, les mêmes effets réapparaissent sous des formes nouvelles et on s'en aperçoit. Le plus souvent, ils continuent sans qu'on les voie, parce que le dispositif a appris à les produire autrement. Cet article propose une lecture de ce phénomène. Il s'intéresse non pas aux personnes qui dirigent ces organisations, mais aux dispositifs eux-mêmes, à la manière dont ils encaissent une attaque, à ce qu'ils en font et à ce qu'il advient ensuite.
Les avions de ligne modernes embarquent un système qui s'appelle l'EGPWS. C'est un système avertisseur de proximité qui mesure en permanence la distance qui sépare l'appareil du sol. Si cette distance devient critique, il alerte. Le pilote peut être fatigué, sûr de lui, contestataire ou même tyrannique, l'EGPWS dira la même chose. Conditions identiques = sortie identique.
Une intelligence artificielle générative ne fonctionne pas ainsi.
Le débat sur l'AGI tourne presque toujours autour des mêmes questions. Quand arrivera-t-elle ? Sera-t-elle dangereuse ? Qui des États-Unis ou de la Chine va la créer en premier ? Combien d'humains faudra-t-il pour égaler son intelligence ? Ces questions supposent toutes la même chose : que l'AGI sera une intelligence comparable à la nôtre, mesurable avec nos instruments, présentable à notre regard. Et si la difficulté n'était pas là ? Si le problème commençait avant ces questions, dans l'image même qu'on se fait de ce qu'elle sera ?
L'évaluation permanente d'autrui s'est banalisée au point de passer inaperçue. Pourtant, derrière ce geste apparemment anodin, omniprésent, incessant, que nous pratiquons tous et dans toutes les directions, se cache une mécanique de pouvoir dont les ressorts méritent d'être examinés.
Il fut un temps où les mots servaient à désigner les choses. À nommer le pain, la peur, la promesse. On les choisissait pour leur justesse, leur capacité à frapper le réel. Ce temps-là s'éloigne. Quelque chose a basculé dans notre rapport au langage, quelque chose qui ressemble étrangement à ce qui est arrivé à la monnaie quand elle a cessé d'être adossée à l'or.
Le mot a subi une transformation profonde au cours des dernières décennies. Il est passé du statut d'outil, capable de décrire une réalité partagée, à celui de produit dérivé dans cette phase financière et mondialisée du capitalisme.
L'idéologie suscite des réactions contradictoires. Certains y voient un ensemble d'idées qui donne sens à l'action politique. D'autres la perçoivent comme un enfermement intellectuel qui empêche de voir la réalité dans sa complexité. Cette tension révèle la nature paradoxale de l'idéologie : tout n'est peut-être pas tout noir ou tout blanc.
En l'espace d'un siècle, notre monde a basculé. Ce qui semblait acquis - la solidarité collective, le service public, les métiers transmis de génération en génération - s'efface sous nos yeux. Ce qui paraissait impensable - surveiller chaque citoyen, transformer la santé en business, faire payer ce qui était gratuit - est devenu la norme.
Mais que s'est-il passé ?
Pour le comprendre, passons en revue les différents aspects de notre vie quotidienne et analysons ce basculement : comment nous vivions avant, où nous en sommes aujourd'hui, et surtout ce qui a provoqué ces transformations.