L'évaluation permanente d'autrui s'est banalisée au point de passer inaperçue. Pourtant, derrière ce geste apparemment anodin, omniprésent, incessant, que nous pratiquons tous et dans toutes les directions, se cache une mécanique de pouvoir dont les ressorts méritent d'être examinés.
Il fut un temps où les mots servaient à désigner les choses. À nommer le pain, la peur, la promesse. On les choisissait pour leur justesse, leur capacité à frapper le réel. Ce temps-là s'éloigne. Quelque chose a basculé dans notre rapport au langage, quelque chose qui ressemble étrangement à ce qui est arrivé à la monnaie quand elle a cessé d'être adossée à l'or.
Le mot a subi une transformation profonde au cours des dernières décennies. Il est passé du statut d'outil, capable de décrire une réalité partagée, à celui de produit dérivé dans cette phase financière et mondialisée du capitalisme.
L'idéologie suscite des réactions contradictoires. Certains y voient un ensemble d'idées qui donne sens à l'action politique. D'autres la perçoivent comme un enfermement intellectuel qui empêche de voir la réalité dans sa complexité. Cette tension révèle la nature paradoxale de l'idéologie : tout n'est peut-être pas tout noir ou tout blanc.
En l'espace d'un siècle, notre monde a basculé. Ce qui semblait acquis - la solidarité collective, le service public, les métiers transmis de génération en génération - s'efface sous nos yeux. Ce qui paraissait impensable - surveiller chaque citoyen, transformer la santé en business, faire payer ce qui était gratuit - est devenu la norme.
Mais que s'est-il passé ?
Pour le comprendre, passons en revue les différents aspects de notre vie quotidienne et analysons ce basculement : comment nous vivions avant, où nous en sommes aujourd'hui, et surtout ce qui a provoqué ces transformations.
À chaque élection, la même question revient : pourquoi des millions de personnes votent-elles pour des projets politiques qui semblent aller à l'encontre de leurs propres conditions de vie ? Beaucoup accusent l'ignorance, d'autres pointent la paresse ou la peur. Mais si le problème était ailleurs ? Et si, depuis l'enfance, des mécanismes invisibles nous détournaient peu à peu de ce que nous sommes vraiment, jusqu'à rendre nos choix politiques... étrangers à nous-mêmes ?
Sous la surface des élections, des débats télévisés et des sondages, une vérité plus profonde résiste : le citoyen, dans sa forme classique, a disparu. Ce n'est pas qu'il a cessé de voter, de parler politique ou d'exprimer des opinions. C'est qu'il a été remplacé, lentement mais sûrement, par une autre figure : celle du consommateur.
Objectif
Ce modèle d'analyse est destiné à comprendre certains changements de normes au sein de notre société. Il s'applique particulièrement aux idéologies qui servent, même indirectement, le...